témoignages de nos précédents participants

hadjar, 18 ans

 Je m'appelle Hadjar et je fais partie du groupe de Français partis à Pyongyang dans le cadre du séjour linguistique d'août 2019 organisé par le Voyages Tangun.


Étant la plus jeune, ma mère était plutôt inquiète au début mais l'inquiétude s'est vite dissipée. En effet, j'ai été très bien prise en charge et je me suis sentie toujours entourée pendant toute la durée du voyage, grâce à la responsable Manon, et à la cohésion de notre groupe qui a été une vraie réussite.

Malgré quelques aléas au début du voyage, ce qui est concevable car il s'agit d'un voyage quand même particulier et qui n'est pas accessible à tout le monde, tout s'est vite réglé et nous avons pu profiter pleinement de notre séjour.

Nous sommes allés en tant qu'étudiants en échange, ainsi nous avons profité de plusieurs avantages. Après les cours du matin nous faisions beaucoup de sorties pédagogiques, le week-end également nous avons visité d'autres villes, accompagnés de nos professeurs. Je garde un souvenir immuable de ces moments passés ensemble.

Enfin, je considère que cette expérience constitue un vrai atout dans le cadre des études coréennes, ainsi je conseille à tous ceux qui poursuivent une formation en rapport avec la Corée de saisir cette opportunité.

Je souhaite remercier Voyages Tangun de m'avoir offert cette chance.

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Raphaël , 23 ANS

Cela faisait un moment que je souhaitais visiter la Corée du Nord, frustré par une limite non dite, mais presque établie, qu’il faudrait se cantonner au Sud parce que de toute façon il n’y aurait rien à voir chez son voisin. Cependant, les voyages touristiques sur place coûtent cher, et le circuit balisé de ceux ci peut ne pas convenir à tout le monde, l’ambiance touristique non plus. C’est pour cela que le séjour linguistique proposé par Voyages Tangun m’avait attiré, parce qu’il proposait une vraie immersion dans le temps tout en suivant des cours de coréen sur place, et donc en proposant aux partants une vraie expérience en tant qu’étudiant. Parce qu’il y a quand même un réel apport linguistique, quand on étudie le coréen, à étudier la langue avec des enseignants du Nord.


Bien sûr le voyage n’est pas facile, cela demande de l’organisation, il faut se renseigner un minimum pour comprendre où l’on va, et sur place rien n’est gagné, cela fait partie du charme du séjour, mais on ne sait pas vraiment comment cela va se passer avant d’y arriver. Pour autant, notre groupe a pu faire quasiment faire toutes les visites que nous souhaitions faire sur place, et nous avons pu faire deux sorties à l’extérieur de la capitale.

On s’est vraiment rapproché de nos accompagnateurs, nos professeurs, et des étudiants coréens, parce qu’on avait du temps pour le faire, nous avons passé un mois incroyable, très enrichissant, qui m’a pour ma part conforté dans mon intérêt pour le pays, son histoire, sa culture, et sans vouloir parler pour le reste du groupe, je ne pense pas être le seul.


Si je ne devais garder qu’un souvenir à partager, cela serait les danses que nous avons faites avec des étudiants lors du festival de la jeunesse, durant lequel nous avons passé un moment très fort, de partage avec de parfaits inconnus rencontrés dans l’instant, qu’on ne reverra probablement jamais et dont on a parfois même pas eu le temps de demander le nom. Ce souvenir encapsule pour moi d’une certaine manière l’entièreté du voyage, une rencontre éphémère à la fois complète, et extrêmement frustrante par ailleurs.

Benoît, 27 ans

Avez-vous déjà ressenti une difficulté à raconter un voyage ? Cette gêne m’est amplifié lorsqu’on me demande d’évoquer mon séjour en RPDC. De fait, je ne vais pas m’aventurer à en expliciter chaque détail, ce serait aussi vous gâcher la surprise.


Si vous lisez ce texte, c’est que vous envisagez surement de partir et avez un avis déjà assez avisé du pays. D’autres éléments sont à prendre en compte. Premièrement, il faut être prêt à voyager en groupe. Nous étions huit en comptant notre guide et faisions la majorité de  nos activités ensemble. Sur une période d’un mois ou plus, cela nécessite évidemment quelques concessions propres à la vie collective.


Il faut également accepter une part d’improvisation. L’association Tangun n’est pas une agence de voyage et les interlocuteurs coréens n’ont pas toujours de réponses immédiates aux différentes requêtes. Dans notre cas même si une démarche semblait laborieuse elle finissait toujours par aboutir. Entre les cours et les visites le rythme est assez soutenu et il me semble également préférable d’avoir des notions en coréen. Mis à part tout cela, le dortoir est confortable, la nourriture est bonne voir excellente et nous n’avons rencontré aucun risque sanitaire.

Si vous être prêt, une formidable expérience s’offre à vous. Même après avoir visité la RPDC avec une agence de voyage, ce séjour m’a permis de découvrir beaucoup de choses. Sans compter les nombreuses visites à Pyongyang et en dehors, le simple fait d’avoir une routine grâce au suivi de cours donne de nombreuses possibilités en plus d’améliorer son niveau en langue. Avoir un contact constant avec les enseignants, le personnel ou bien les autres étudiants (coréens ou non) donne un sentiment d’entre-soi presque inespéré. Pour être tout à fait honnête, il apporte également son lot de frustrations mais rien de grave au contraire.
Je m’explique.

Même si la prudence ne fait pas oublier le contexte politique, on en fait partiellement abstraction à travers l’anodin et par nécessité. Les échanges sont enthousiastes et respectueuses voir consensuelles, comme si chacun était conscient de la rareté du moment. Pour en apprendre sur le pays il faut alors improviser, porter son attention sur des détails et se rendre compte de la complexité des choses. Les questions n’obtiennent pas toutes réponses mais les occasions de s’en poser sont constantes.

On aperçoit des interstices où le pouvoir direct de l’État n’est pas impliqué, on le retrouve ailleurs par surprise. Dans une même discussion on est intime puis étranger à la suite d’une incompréhension. On est utilisé afin de donner un avis franc sur ce que l’on pense et observe, lors de moment plus convenu on acquiesce les litanies, l’inverse arrive également. Voyager en RPDC implique ainsi d’être constamment sur plusieurs registres de compréhension et d’interaction. Ces dissonances génèrent la frustration mentionnée plus haut mais également l’intérêt inaltérable de ce séjour : on apprend en permanence.

 

Lorsqu’on me fait raconter ce voyage, on me demande essentiellement si j’ai vu des militaires, de la propagande, de la surveillance et de l’idolâtrie. C’est le cas et en faire l’expérience mérite d’être commenté. De plus, la discussion se devant d’avoir une valeur active, elle se maintient très souvent sur ces thématiques. Il y a néanmoins préjudice. Mes sensations sur place et leurs souvenirs sont d’avantage liées aux discussions pour faire la discussion, à l’observation de l’ordinaire et aux personnes qui nous ont si bien accueillis. J’avais fini par ponctuellement oublier l’aspect "régime des Kim", par son efficacité sans- doute, mais aussi afin de ne pas m’éloigner de l’essentiel : socialiser et observer les subtilités. À trop penser que ce pays est une mise-en-scène, on en oublie que les théâtres ont des coulisses.


À différentes échelles les fruits de cette démarche sont difficiles à obtenir mais encore davantage à retranscrire. Par manque d’opportunité ou bien à cause du sentiment de devoir commenter une actualité d’enjeux diplomatiques. Même si cela parait évident, je profite donc de ces quelques lignes pour préciser que nous avons aussi vu et deviné de la spontanéité, de la fierté, de l’envie d’ailleurs, des vestiges, de l’insouciance, de l’ennui, des montagnes, du défaitisme, de la drague, des plages touristiques, de l’alcool heureux, du consumérisme, de la distinction, des mariages arrangés, du besogneux, des loisirs… Tout cela a également valeur de vérité pour qui ce donne la peine d’aller l’observer.

C., 20 ans

Mercredi 31 juillet 2019, Pékin. Nous marchons lentement dans les immenses artères de la ville. Achetons une glace. Subitement, on s’arrête. Emilie me regarde et sa voix tremble presque ; "Demain, on va en Corée du Nord." Silence. Œillade. Explosion de rires. C’est irréel.


Quelques jours avant, nous avions pris l’avion de Séoul à Pékin, pour retrouver nos 5 compagnons de voyage. Tous réunis pour la première fois, après avoir passé des semaines à correspondre sur Whatsapp, nous profitions d’un repas pour briser la glace. Tout en arpentant ensemble les rues de la capitale, nous nous rendons à l’ambassade nord-coréenne. Deux jours avant de rejoindre Pyongyang, nous voilà finalement armés de nos si attendus visas. Nous discutons des modalités finales quelques heures avant le départ, et nous retrouvons au petit matin pour nous rendre à l’aéroport. La tension est manifeste. Des centaines de questions se bousculent, qui pour la plupart sont sans réponse. Mise à part Manon et Benoît, qui en sont à leur deuxième voyage en Corée du Nord, personne ne sait réellement à quoi s’attendre. Dans quoi nous sommes nous engagés ?


À l’aéroport en attendant l’enregistrement, nos sens sont déjà tous en alerte. Les choses sérieuses commencent enfin, et c’est comme si instinctivement tous nos sens s’éveillaient pour ne manquer aucune seconde du prochain mois à venir. On observe les Chinois et les Nord-coréens encombrés d’électroménagers tous plus lourds les uns que les autres faire calmement la queue aux comptoirs. Tout est sujet à commentaire. L’avion est frugal, on nous passe un drama nord coréen sur les écrans d’affichage. Stressés, impatients, fébriles, nous nous concentrons pour remplir correctement les papiers à rendre à la douane. Tout doit être déclaré, c’est long et angoissant. L’aéroport de Pyongyang augmente la pression d’un cran : tous les douaniers sont en uniforme kaki, mais les sourires sont de mise. Le contenu de nos téléphones est à peine survolé par un soldat rieur, et seul mon ordinateur est fouillé avec minutie. Le temps que je réponde aux questions de la douanière, les autres sortent rencontrer le responsable de notre séjour, et celui que nous déciderons très vite d’appeler Guy, notre accompagnateur pour le mois. Il sera notre interprète, notre guide, notre intermédiaire. Lorsque je les rejoins enfin il s’approche de moi ; "C’est clair ? -Non c’est Clara." Après m’avoir lancé un regard perplexe, il réitère : "Tout est clair ?"


Le trajet en bus jusqu’à la kisuksa (dortoir) constituera notre première approche du pays. Les yeux s’ouvrent grands, tentent de tout absorber, de ne rien rater de ce paysage totalement nouveau. Tout est grand, démesurément grand. Vert. Propre. Neuf. Tellement neuf que s’en est surréaliste. Le dortoir est lui aussi très frais et nous nous émerveillons des chambres qui nous sont fournies. Les femmes de ménage insistent longuement, fières ; l’eau chaude est disponible à n’importe quelle heure !


Le responsable de notre voyage nous énonce les règles. Les jours suivants nous découvrirons la cantine - où chaque jour les cuisinières nous servent avec bonne humeur des plateaux copieux et même végétariens - les restaurants alentours, l’université, ainsi que nos professeurs.


Lorsque nous marchons avec notre guide dans la rue pour nous rendre à l’université chaque matin, les regards étrangers s’accrochent, longuement, nous jaugent, nous questionnent. Smartphones dans toutes les mains. Contrefaçons FILA. Voitures Ford. Soldats et costards à manches courtes. Les rues empestent le pétrole, l’odeur répugnante pénètre nos vêtements sans toutefois parvenir à remplacer celles de l’humidité constante et de la sueur qui nous collent à la peau en permanence. Les artères de la ville sont d’une propreté irréprochable, hommes, femmes et enfants nettoient à la main chaque parcelle de la capitale, accroupis en groupes ordonnés. Des enfants par dizaines jouent et courent allègrement. Impression constante d’être dans un documentaire : se trouver face à des paysages vus et revus à la télé, sans pour autant réaliser que nous vivons bel et bien ce moment.

Les activités s’enchaînent jusqu’à l’épuisement : cours, piscine, visites des grands monuments, promenades dans les rues à la recherche du meilleur bingsu, restaurants, karaokés, bowling, spectacles ou musées, nos journées s’emplissent et nous enrichissent. Notre responsable nous emmène dans une immense galerie marchande : aussi fous que des gosses nous nous émerveillons de tout, et nos porte-monnaies s’emplissent de 4 devises différentes. Nous nous rendons au cimetière des martyrs, gigantesque, sublime, homérique. Les statues nous suivent des yeux, sondent nos âmes, grondent au-dessus de nos têtes. Un panorama de Pyongyang s’offre à nous, nous émerveille, impose à nos imaginations l’envie de prendre notre envol pour surplomber cette ville aux milles surprises. Les bâtiments s’étendent à perte de vue, de toutes les formes et de toutes les couleurs. Impossible de deviner leur immensité d’ici. Chaque fois que l’occasion se présentera, nous admirerons le paysage de la ville et tenterons de l’imprimer, à jamais gravé dans nos mémoires.


Mais passé 22 heures, les choses changent : réunions nocturnes sur le balcon de la kisuksa avec les autres étudiants en échange, bières, soju, cigarettes, partages linguistiques et rires s’enchaînent tout en admirant le paysage nocturne du haut du 9e étage. On découvre que certains étudiants Nord-Coréens écoutent Indochine, Pagny et Garou. Nous regardons Tarzan et chantons tous les Disney. Dans ces moments les différences s’estompent et tendent à disparaître.


C’est entre nos professeurs et nos responsables que nous passerons tout notre temps. À l’université nous ne sommes pas mélangés aux Chinois et aux Russes, et bénéficions de nos propres cours. Tous les 7, nous apprenons chaque jour un peu plus à apprendre nos professeurs, lorsqu’ils lancent de véritables conversations autour de nos différences culturelles. Les classes se transforment très vite en salle de jeux, où l’on fait des compétitions, joue du ukulélé, monte une chorale, dessine, écrit de la poésie et chante à tue tête chansons nord-coréennes et françaises. L’entièreté de notre voyage se basera sur le chant, qui nous soudera entre nous mais nous ouvrira également la porte vers la culture nord-coréenne, nos deux mondes se mêlant dans les mélodies.


Derrière leur façade froide et infranchissable, la sincérité des sourires de nos Camarades face à nos enfantillages est touchante. Les journées se résument en fait par beaucoup de sourires authentiques : même l’allure stricte et dure du plus sévère de nos professeurs fond comme neige au soleil sous la chaleur de notre désinvolture. Notre groupe est vivace et dynamique, sans filtre, audacieux. Tous réunis autour d’une table, avec et un peu d’alcool dans le sang, les rires fusent et les sujets deviennent presque intimes ; marché noir, mariage, transsexualité et Corée du Sud, tout y passe. Tous nous émeuvent avec leurs chants. Leurs voix résonnent dans nos cœurs et donne une émotion profonde à chacun de nos souvenirs. Mais c’est lorsque que, tous les 7, nous entamons en chœur une ultime fois karira Baekdusanŭro que nous la voyons. La fierté dans leurs yeux, à nos 4 dongmu (caramades), assis face à nous. La fierté de nous avoir si bien enseigné leur culture. De nous avoir appris à l’aimer. La table ronde et son plateau tournant sont jonchés de nourriture inachevée. Nos nouilles froides attendent encore, à côté de nos verres de vin et de bière presque finis. Il fait sombre, chaud, le karaoké hurle dans nos oreilles mais nos voix tremblantes recouvrent vite tout autre son. Notre guide sort son téléphone et nous filme, les yeux luisants. L’odeur de cigarette est omniprésente mais habituelle. C’est le moment ultime de ce voyage. Celui où, après des jours et des jours passés à approfondir nos relations, nous voilà tous, d’égal à égal, réunis dans la même pièce, à boire et chanter comme un seul homme. Celui où, après d’innombrables chocs culturels, nous nous prenons tous par les épaules pour ne former qu’une seule ligne. Celui où larmes, rires et voix se mêlent et s’unissent. Celui où, aussi improbable que cela puisse paraître, plus aucune frontière n’existe.

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